Score de Lille : Évaluation de la Réponse aux Corticoïdes
Le score de Lille est un outil pronostique calculé à J7 de corticothérapie chez les patients traités pour une hépatite alcoolique sévère. Il quantifie la réponse au traitement en intégrant l'évolution de la bilirubine sérique entre J0 et J7, et permet d'identifier les non-répondeurs chez qui la poursuite des corticoïdes n'apporte pas de bénéfice de survie. Développé par l'équipe de Lille (Louvet et al., 2007), ce score est aujourd'hui intégré aux recommandations EASL et AASLD.
Formule / Calcul
Le score de Lille repose sur la formule suivante :
Score de Lille = e⁻ᴿ / (1 + e⁻ᴿ)
La valeur R est calculée à partir de six variables mesurées à l'admission (J0) et à J7 :
| Variable | Moment de mesure |
|---|---|
| Âge (années) | J0 |
| Albumine sérique (g/L) | J0 |
| Bilirubine sérique (µmol/L) | J0 |
| Variation de la bilirubine J0 → J7 (µmol/L) | J0 et J7 |
| Créatinine sérique (µmol/L) | J0 |
| Taux de prothrombine (%) | J0 |
Interprétation :
- Score de Lille < 0,45 : réponse complète ou partielle aux corticoïdes, poursuite de la prednisolone 40 mg/j jusqu'à 28 jours
- Score de Lille ≥ 0,45 : non-réponse, envisager l'arrêt des corticoïdes et discuter une transplantation hépatique précoce
Maddrey (mDF), GAHS & Lille — Hépatite Alcoolique
Pronostic et réponse aux corticoïdes (Lille ≥0.45 = non-répondeur)
Fonction discriminante de Maddrey
Score d'hépatite alcoolique de Glasgow
Quand utiliser ce score
- À J7 du début de la corticothérapie par prednisolone 40 mg/j chez tout patient initié pour hépatite alcoolique sévère
- Pour distinguer les répondeurs (Lille < 0,45), qui bénéficient de la poursuite du traitement, des non-répondeurs (Lille ≥ 0,45), chez qui les risques infectieux de la corticothérapie prolongée ne sont pas compensés par un bénéfice de survie
- Dans le cadre d'une discussion multidisciplinaire incluant l'hépatologie, la transplantation et les soins intensifs
Limites
Le score de Lille a été développé et validé dans des cohortes de patients recevant exclusivement de la prednisolone ; son applicabilité à d'autres immunosuppresseurs n'est pas établie. La valeur seuil de 0,45 est issue de données observationnelles et n'est pas absolue : certains centres utilisent des seuils intermédiaires (0,16–0,56) pour définir des groupes de répondeurs partiels. Par ailleurs, des variations analytiques dans le dosage de la bilirubine ou de l'albumine selon les laboratoires peuvent influencer le résultat calculé.
Questions fréquentes
Pourquoi calculer le score de Lille précisément à J7 et pas avant ? La variation de la bilirubine entre J0 et J7 est le paramètre dynamique central du score. Une évaluation à J3 ou J5 serait moins informative, car la réponse biologique à la corticothérapie n'est pas encore suffisamment lisible. J7 correspond au délai minimal validé cliniquement pour discriminer répondeurs et non-répondeurs avec une bonne fiabilité.
Que propose-t-on aux non-répondeurs au score de Lille ? Chez les patients avec un score de Lille ≥ 0,45, l'arrêt de la prednisolone est envisagé après J7. Les options discutées incluent les soins de support optimisés, la transplantation hépatique précoce dans les centres agréés (selon critères stricts de sévérité et d'abstinence), et l'inclusion dans des essais cliniques évaluant de nouvelles cibles thérapeutiques.
Le score de Lille peut-il être calculé avant J7 si le patient aggrave ? Non, le score de Lille n'est pas valide en dehors du contexte du 7e jour de traitement. En cas d'aggravation précoce (infection sévère, hémorragie digestive, syndrome hépatorénal), la décision d'arrêt peut être clinique, indépendamment du score de Lille.
Accéder à l'outil
Mediately propose un calculateur intégré regroupant le mDF, le GAHS et le score de Lille, permettant aux professionnels de santé de disposer d'une évaluation pronostique complète en hépatologie alcoolique sans quitter leur interface de travail.
Sources
- Louvet A et al. The Lille model: a new tool for therapeutic strategy in patients with alcoholic hepatitis treated with steroids. Hepatology, 2007
- EASL Clinical Practice Guidelines : management of alcohol-related liver disease, 2023
- Thursz MR et al. Prednisolone or pentoxifylline for alcoholic hepatitis (STOPAH trial). N Engl J Med, 2015
- AASLD Practice Guidance on Alcohol-Associated Liver Disease, 2024
- Mathurin P et al. Early liver transplantation for severe alcoholic hepatitis. N Engl J Med, 2011
